Ici des textes sur le genre humain conjugués au présent de l'incitatif et au passé compliqué. Si tu as une guitare, viens y faire vibrer tes cordes.
Un secret n’est pas fait pour être partagé
Et ne peut tolérer qu’on ne puisse se taire,
Au risque de trahir la vertu du mystère
Protégeant dans ses plis les hommes du danger.
En ce temps-là Samson chassait les Philistins,
Utilisant contre eux sa poigne redoutable
Faisant de ce mortel un guerrier indomptable
Ayant brisé le lion dans l’étau de ses mains.
Le pouvoir de sa force émanait des cheveux
Qu’il portait longs, nattés, lui donnant belle allure
Et le secret divin touchant sa chevelure
Ne fut point révélé par un quelconque aveu.
Un jour qu’il rencontra son mortel ennemi,
Il ne dut son salut qu’en brisant mille crânes
De son poing brandissant la mâchoire d’un âne
Et vainqueur s’en alla, n’ayant été soumis.
Il connut à Sorek la belle Delila,
Lui tournant tous les sens par ses courbes pulpeuses
Au poison plus puissant que cent fleurs vénéneuses,
Que Samson découvrit sous ses fins falbalas.
Mais précédant Judas, pour des sicles d’argent,
La fourbe manœuvra pour que l’homme lui dise
Le secret bien gardé contre ses friandises
Et la fièvre vainquit l’amoureux négligent.
Dès que son bel amant s’endormit pour la nuit
Elle coupa sans bruit les tresses sur sa tête
Pour lui faire subir sa première défaite
Quand trois cents Philistins se jetèrent sur lui.
Ces marauds sans pitié lui crevèrent les yeux
Puis chargèrent son corps de l’airain de leurs chaînes
Qu’il garda en prison des jours et des semaines
Pour y tourner la meule, oublié par les Cieux.
Alors les Philistins, pour plaire au dieu Dagon,
S’assemblèrent à foison sous un grand édifice
Puis traînèrent Samson pour qu’il les divertisse
Estimant qu’il n’a plus sa force de dragon.
L’aveugle s’approcha, raillé par les moqueurs.
En cherchant un appui sur les lourdes colonnes
Il renversa les murs sur la foule félonne.
Ses cheveux avaient crû, lui redonnant vigueur.
En trahissant ainsi par une confession
Son secret qu’il devait enfouir dans le silence,
Samson en trépassa par manque de prudence,
Oubliant qu’il nous faut dominer nos passions.
Que les vents messagers emportent mes quatrains
Pour offrir sa leçon aux bavards et commères,
Traitant la confidence en confiance éphémère,
Sortant, les imprudents, le secret de l’écrin.