Ici des textes sur le genre humain conjugués au présent de l'incitatif et au passé compliqué. Si tu as une guitare, viens y faire vibrer tes cordes.
A Montfaucon sur le gibetDeux beaux pendards à la potence,Sous les crachats et quolibets,Vont offrir aux corbeaux pitance.Ils attendent que le bourreauPasse la corde à un poète,Ayant servi un vers de tropAu roi mouché par la piquette.Un des soudards lui dit alors :« Je suis la lie de mon engeance,J’ai tué, violé, volé de l’orCraché sur Dieu et l’existence,J’ai fait le mal toute ma vieFaisant couler le sang, les larmesDonnant des coups d’épée, de vitSemant la peur et le vacarme.Mon compagnon ne vaut pas mieuxUn écorcheur de pire espèceBrûlant les pieds de pauvres vieuxPour leur ravir une ou deux pièces.Nous n’avons pas volé la cordeSous laquelle on va pendouillerMais pourquoi la miséricordePour un trouvère a bafouillé ? »Le poète lui répondit :« Briser le mal aux pauvres gens,Que font le reître et le bandit,N’est pour le roi pas très urgent.Mais si jamais la moindre plumeOse venir le démangerSon dur courroux d’un coup s’allumePour que les vers soient expurgés.Tous les puissants font bâillonnerPour que chacun fasse allégeanceEt ça vaudra dans des années,Les troubadours à la potence».A Montfaucon un soir de brumeDeux malandrins ont gigotéEn même temps qu’un porte-plumeVoulant chanter la vérité.