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Ici des textes sur le genre humain conjugués au présent de l'incitatif et au passé compliqué. Si tu as une guitare, viens y faire vibrer tes cordes.

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Vive le sport.

C’est par un bel après-midi radieux noyé sous la pluie que je découvre le terrain où va se dérouler le match décisif entre l’équipe du village et ses adversaires.
Le stade, aux trois quarts vides, est plein à craquer, car il est très petit. Cette foule de supporters placée côté gauche, en faisant face à la ligne médiane, a revêtu les couleurs du village : vert coquille d’œuf pour le haut et damier sable à pois de senteur pour le bas.
Côté gauche en faisant face à la ligne médiane, mais de l’autre côté, les supporters des adversaires portent fièrement les couleurs de leur équipe : chaussettes à poche ventrale pour le bas et torse nu pour l’un et débardeur à manches longues pour l’autre car ils ne sont que deux.
Enfin l’arbitre pénètre sur le terrain, il a revêtu un superbe pantalon, mais comme ses jambes sont longues, on a l’impression qu’il porte un short, ce qui est du plus bel effet. Sur sa tête, comme c’est réglementaire pour arbitrer un match de ce niveau, il a posé un exemplaire : du règlement du code des arbitres à temps partiel, du guide des jardins potagers et pour finir l’almanach des P.T.T. , édition 1863 la seule officielle !
Pour faire monter la pression, le public jette sur l’arbitre des choses diverses ; je note au passage : un bidet, une essoreuse à vapeur (sans vapeur), un bloc note et sa gamme, une truelle et un pinceau à roulettes. Aussitôt les deux supporters de l’équipe adverse, qui n’avaient pas bougé, sont expulsés. Ce qui est plus rapide que le renvoi des fautifs jugés trop nombreux.
Enfin ! L’arrivée des joueurs. Ils sont beaux, ils sont forts, ils sont nombreux côté village. Ils sont trop beaux, trop forts, mais heureusement pas nombreux côté adversaires. Car l’arbitre très lucide a interdit à la moitié de l’équipe adverse de pénétrer sur le terrain afin d’éviter une trop grande égalité entre les équipes, ce qui n’aurait pas manqué d’énerver les supporters du village.
A cette nouvelle, le public cesse de jeter des objets sur l’arbitre. Aussitôt, le récupérateur de la fédération récupère le matériel sur le terrain et le revend aux spectateurs dans le cas ou ils en auraient besoin.
L‘arbitre pose, au milieu de la partie de terrain des adversaires, l’objet de toutes les convoitises j’ai nommé : l’enclume à pistons. Puis il siffle, à l’aide de son violoncelle à membrane, le début du match. C’est parti !
Les joueurs adverses ligotés sur des éviers émaillés n’osent se ruer sur l’enclume à pistons. Un joueur du village juché sur son vélo à traction arrive le premier. Malheureusement, l’arbitre siffle la mi-temps. Cet instant, prévu pour assurer un repos réparateur, est sifflé en début de partie car les joueurs ne sont pas fatigués, ce qui en limite la durée. La foule impatiente en profite pour lapider l’arbitre de touche centrale à l’aide d’une salade de cervelas qu’elle se repasse à tour de rôle.
L’arbitre siffle le début de la deuxième mi-temps.
Aussitôt le signal, c’est la ruée sur l’enclume à pistons. Oui ! C’est un joueur du village qui prend sous le bras l’enclume et s’élance vers la ligne adverse. Un joueur tente de le bloquer, mais sa camisole en fer forgé l’empêche d’intercepter. Les spectateurs du village sont heureux et s’échangent : des baisers, des accolades, des cartes postales et des cartes de visite. Je reçois de mon voisin homme grenouille (donc mon voisin de palier) sa carte personnelle : un huit de trèfle ; je lui tends la mienne, une carte aux 100 millièmes de la région Nord du Caucase datant de 1827.
Soudain, c’est la surprise, un adversaire vient de se détacher de son ancre de marine, s’empare de l’enclume et fonce sur la pelouse en parquet synthétique du Mozambique. La foule retenant sa respiration crie «Attention ! »  (ce qui est très difficile sans respirer). Heureusement, le joueur 187843 B du village, avant centre gauche, habilement déguisé en ligne médiane, décoche à l‘adversaire un coup d’ombrelle à bretelles, récupère l’enclume et pédale sur son triblozard à biglotons jusqu’au but. Une fois arrivé, il place, pour marquer les points, l’enclume dans le panier posé dans la sacoche de vélo du responsable du vestiaire.
C’est le délire, l’arbitre entame «Viens trier les haricots » en jouant de la cornemuse à ressorts pour valider les points. Les deux supporters de l’équipe adverse sont autorisés à rentrer dans le stade pour contempler le panneau d’affichage.
Le public heureux respire enfin. Le joueur ayant marqué est comblé, il reçoit la médaille d’honneur des tenanciers de buvette, la carte de la confédération des épiciers trilingues et un bon d’achat d’une valeur de 20 francs à utiliser uniquement dans les magasins de layette du Burkina-Fasso.
L’arbitre donne le signal de reprendre la partie en agitant de la main gauche un drapeau à carreaux en Pyrex et en pressant dans celle de droite une trompe d’Eustache à coudée verticale. Mais les joueurs ne repartent pas au signal. Que se passe t-il ? L’enclume à pistons, où est l’enclume ?
Le responsable du vestiaire vient de partir, sans vider sa sacoche, à la conférence sur «Le désarmement du béton armé en pays Khmers ». Des recherches sont entreprises pour trouver une enclume. En attendant pour faire patienter la foule, le directeur de la fédération fait passer une page de pub. Comme il n’y en a qu’une, j’attends mon tour pour pouvoir la lire. Enfin ! Mon voisin me tend la page sur laquelle est inscrit le slogan «Ne vous baissez plus pour attacher vos souliers, achetez des lacets BLUP, ils sont plus longs que les autres ». Je passe la feuille à la personne suivante après avoir noté sur mon carnet l’adresse de la fabrique de lacets (sise au Tourmalet).
Retour du responsable du vestiaire avec l’enclume. Le match peut repartir après que l’arbitre ait joué du tambour à disques. Aussitôt le signal lancé, l’arbitre consulte sa montre à ressort. C’est l’heure ! Il agite frénétiquement l’agitateur pour bien montrer que le match est fini. Le score est élogieux pour le village : 5884 et attristant pour les adversaires : - 5.
Ah ! La belle partie qui vient de se dérouler dans un bon esprit sportif.
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