Apprenez ma chère cousine
Qu’un rat est entré en cuisine
Ce fut l’branle-bas dans Landerneau
Dans les placards et le fourneau.
La chose était inconcevable
Il fallait trouver le coupable.
Qui a laissé entrer le rat ?
Le coupable on le trouvera !
Un tribunal fut constitué
Présidé par le grand buffet
Accompagné des assesseurs
Une casserole et l’pot à beurre.
On débuta dans le prétoire
Par quelques interrogatoires.
Qui a laissé entrer le rat ?
Le coupable on le trouvera !
On accusa l’pauvre égouttoir
D’être ma chère une vraie passoire
Et la bouilloire s’mit à bouillir
Quand on lui dit « tu n’sais qu’dormir
Ton fessier bien calé au chaud
Au d’sus du feu sur le fourneau.
Qui a laissé entrer le rat ?
Le coupable on le trouvera !
La marmite pleura beaucoup
En se plaignant qu’elle fait-tout.
La grosse poêle faisait la queue
Pour accuser à qui mieux-mieux
Quand la cocotte lui dit « minute
Je ne veux pas qu’on m’persécute.
Qui a laissé entrer le rat ?
Le coupable on le trouvera !
La rôtissoire avec constance
Entra de suite en résistance
Quant au hachoir il coupa court
Aux accusations de la cour.
Et l’écumoire dit « j’ai un trou
Je ne me souviens pas du tout.
Qui a laissé entrer le rat ?
Le coupable on le trouvera !
La poivrière trouva salé
Qu’elle soit au banc des accusés.
La fourchette montra les dents
Et dit « je vais vous rentrer d’dans ! »
La nappe fut imperméable
Refusant de passer à table.
Qui a laissé entrer le rat ?
Le coupable on le trouvera !
Le torchon refila un coup
Au verre lui reprochant tout,
Le robinet fut accusé
Dans cette histoire d’être mouillé.
L’enquête était bien regrettable
Pourtant il fallait un coupable.
On condamna le presse-purée
Le seul ici à s’écraser.
Qui a laissé entrer le rat ?
Ah ! Le coupable on le trouva !