Ici des textes sur le genre humain conjugués au présent de l'incitatif et au passé compliqué. Si tu as une guitare, viens y faire vibrer tes cordes.
Le chat vint aussitôt placer sa tête au niveau de la soucoupe et lécha le lait. Jean-Luc le regarda faire un instant puis alla replacer le bidon de lait au réfrigérateur. Il repensait à la conversation du matin avec Louise. Oui il faut y aller calmement, ne rien brusquer, surtout ne pas l’effaroucher sinon c’était terminé. Il se gronda mentalement.
- Oui tu veux aller trop vite, tu t’emballes, tu t’emballes et ensuite c’est la déception. Cette fois tu dois te tenir ! Ne vas pas jouer à l’éléphant dans le magasin de porcelaine.
Il dîna tranquillement en laissant le chat venir se poser sur ses genoux. Sous ses caresses l’animal ferma les yeux de plaisir et ronronna. La musique occupait doucement la pièce, Jean-Luc se sentait bien, il savait que dans quelques instants il serait de nouveau connecté avec Odette. Il se força à garder son calme et à attendre patiemment l’heure du rendez-vous. Il débarrassa sa table et s’occupa de charger le lave-vaisselle. C’était maintenant l’heure.
Quelques manipulations plus tard, il était sur le forum. Voyant apparaître le pseudonyme d’Odette il lui adressa le message de bienvenue.
- Bonjour Odette, c’est Jean-Luc. Comment allez-vous ?
Et ils commencèrent une conversation sur leurs occupations journalières respectives. Ayant échangé leurs emplois du temps, Jean-Luc vit soudain le message suivant apparaître à l’écran :
- Jean-Luc puis-je vous poser une question indiscrète ?
Un peu étonné, il finit par marquer :
- Oui bien sûr.
Il attendit la question avec une pointe d’appréhension.
- J’aimerais savoir si vous êtes marié ?
Il relut plusieurs fois la question avant de répondre.
- Non j’ai divorcé voilà cinq ans. Et vous ?
La réponse tardait. Il s’en voulut d’avoir rajouté cette question. Quel imbécile, j’aurais du attendre ! Mais une réponse lui parvint :
- Je suis célibataire.
A partir de cet instant les échanges tournèrent autour de leurs souhaits respectifs, chacun faisant part à l’autre de ce qu’il attendait réellement dans la recherche d’un contact. Il sut qu’Odette ne voulait nullement d’aventures, mais simplement un contact sincère et franc et qu’elle souhaitait ne rien brusquer. Il convint avec elle que rien ne pressait et qu’il saurait se montrer patient afin de mieux se connaître. Ils terminèrent la conversation en se donnant rendez-vous au lendemain.
Maryse ne perdait pas une miette des propos d’Odette, elle suivait ses paroles avec beaucoup d’attention en gardant ses yeux écarquillés derrière ses verres de myope, ce qui lui donnait un regard de grenouille.
- Alors tu penses que c’est le bon ? demanda-t-elle d’un coup.
- Je ne sais pas, je ne connais de lui que son écriture, comment veux-tu que je le sache ?
- Mais tu sens tout de même une attirance pour lui ? Non ?
- Oui ses propos me plaisent et il me semble quelqu’un de bien. Mais je voudrais attendre afin de mieux le connaître. comprends-tu ?
- Taratata ! Tu ne vas pas me tourner autour du pot pendant encore quinze jours ? Autant que tu sois fixée une bonne fois pour toutes ! Tu devrais lui donner rendez-vous ! lança Maryse en pointant son doigt en direction d’Odette.
- Mais tu es folle ! Jamais je ne demanderais quoi que ce soit. Pour qui va-t-il me prendre ?
- Ah ! Aujourd’hui les conventions c’est terminé, moi j’ai donné rendez-vous à mon croque-mort et il est d’accord, argumenta Maryse.
- Mais je n’arriverai jamais à faire comme toi Maryse, tu as un culot monstre et parfois tu m’effraies dans tes décisions.
- Mais non, il ne faut pas. Je suis prudente et je lui donne rendez-vous la journée et dans un lieu public. Si jamais il a la gueule de travers ou un physique de beauf, eh bien je le plante là et je me tire, expliqua-t-elle.
- Maryse, Maryse ! Jamais je ne pourrais faire une chose pareille, s’exclama Odette.
Les deux femmes se regardèrent en silence, puis Odette le rompit en lançant d’un coup :
- C’est vendredi, j’ai pas mal de clientes qui vont venir, je dois y aller. Bises.
Elle laissa Maryse et courut ouvrir la boutique. Toujours attablée à côté de la vitre qui la séparait du trottoir, Maryse vit un clochard poussant un chariot de supermarché contenant tout un fatras s’arrêter à sa hauteur et la fixer droit dans les yeux avec un regard concupiscent. Elle dit alors à mi-voix :
- Eh bien ! Quelle gourde je suis ! Je passe mes soirées à chercher un mec sur Internet alors que voilà l’amour qui passe sur le trottoir. Et en plus il a un véhicule.
(à suivre)